Standardisation et labellisation des produits artisanaux :
Intervention de M. Indrasen VENCATACHELLUM

M. Indrasen Vencatachellum, Chef de la Section des arts, de l'artisanat et du design à l'UNESCO, a présenté le texte suivant intitulé "Labellisation et standardisation des produits artisanaux" lors du séminaire PRODECOM qui a eu lieu en Juin 2002 à Amman, Jordanie.

 

Standardisation et labels

 

Je tenais tout d’abord à remercier la Chambre des Beaux Arts d’avoir associé l’UNESCO à ce séminaire dont les objectifs ont de nombreuses affinités avec les activités en cours menées par L’UNESCO pour promouvoir et protéger les artisans créateurs à travers le monde. Depuis le lancement en 1990 de la « Décennie pour le développement de l’artisanat », l’UNESCO a fait la promotion d’une approche globale du rôle socio-culturel et économique des artisanats dans la société. Dans cet esprit, le programme de l’UNESCO cherche à améliorer les compétences artisanales, la promotion de la créativité et la protection de la qualité, respectivement par la mise en place d’ateliers régionaux, de prix d’artisanats et d’expositions. Une initiative plus récente – l’UNESCO AHPADA Sceau d’excellence – est en rapport direct avec les thèmes de votre séminaire.
Avant de présenter cette initiative, je souhaiterais souligner la nécessité et l’importance d’un cadre de contrôle pour les produits d’artisanat et de faire le point sur les instruments internationaux existant pour la protection des artisans.

 

I. Besoin et importance d’un cadre de contrôle

Le processus de globalisation du commerce et l’internationalisation des marchés a eu à la fois des répercussions favorables et défavorables pour la production artisanale. Favorables parce que cela a permis aux produits artisanaux d’être disséminés, d’être mieux connus et vendus sur d’autres marchés ; défavorables cependant où des populations avec de fortes traditions artisanales mais sans protection adéquate pour leurs créations ont été impunément copiées par d’autres pays. Cette reproduction a conduit à dissocier les activités artisanales des traditions dont elles étaient issues et qui a donné lieu à la perte de l’identité culturelle. Il a été noté que les productions artisanales de communautés de la jungle ont été commercialisées dans certaines boutiques de villages côtiers comme s’il s’agissait de produits issus de cette région. Il y a eu également des cas où les produits ont été commercialisés dans des pays voisins en tant qu’objets autochtones.
Les problèmes se posent lorsque des artisanats typiques de certains pays qui sont bien reçus sur le marché deviennent des produits de masse dans d’autres pays avec d’autres matériaux, d’autres finitions qui affaiblissent voire détruisent l’image du produit original avec pour conséquence la baisse des prix, perturbation des canaux de distribution et perte d’identité nationale.

 

 

L’existence d’un cadre de contrôle pour la protection de l’artisanat créatif sert trois objectifs principaux :

  • Stimuler la créativité et ainsi contribuer à son développement


  • Protéger l’investissement nécessaire pour la production et la distribution


  • Développer les industries connectées avec les produits artisanaux qui aurait pour résultante un effet bénéfique sur la création de richesse et de travail

L’existence d’un cadre de contrôle spécifique pour la protection de l’activité artisanale sert à la fois à stimuler la créativité et rend possible pour les créateurs :

  • Le gain d’une rémunération


  • Le gain du respect pour leurs produits


  • Le gain d’une reconnaissance pour leur statut d’artisans

Dans le même temps, ces cadres de contrôle seront utiles aux entrepreneurs, en garantissant leurs investissements et ainsi en assurant les progrès de l’industrie artisanale et la dissémination de leurs produits pour le bénéfice de la communauté.


La valeur du produit artisanal est étroitement liée aux concepts d’originalité et d’exclusivité. Manifestement, cette valeur sera réduite dans la mesure où une tierce partie y aura accès. Cela peut être évité grâce au recours à des outils existants.

 

II. Les instruments internationaux en vigueur

(a) La Convention de Berne de 1971 pour la protection des travaux littéraires et artistiques prévoit dans son article 2 (1) que les travaux d’art appliqué bénéficient de cette protection.
L’article 7 (9) de cette même convention établit le terme de protection pour ce type de travail en spécifiant que cela ne doit avoir moins de 25 ans.

Il est utile ici de se référer à la définition des arts appliqués donnée par le glossaire WIPO de 1980 dans le point 9 : «Des travaux artistiques appliqués à des objets d’usage pratique, qu’il s’agisse d’artisanat ou de travaux produits à l’échelle industrielle» et dans le point 126 : «artisanat, l’art manuel pour produire un échantillon précis et unique d’un travail à la main, comme il est pratiqué principalement dans les domaines des arts folkloriques ou des arts appliqués».

A propos de ces définitions, je souhaiterais porter à votre attention les recommandations adoptées, après de longues discussions, par les participants au Séminaire international «Les métiers et le marché international : codification commerciale et douanière» organisé conjointement par l’UNESCO et le Centre international du commerce à Manille (6-8 octobre 1997) :

«Les produits artisanaux sont ceux produits par des artisans, soit complètement à la main, soit avec l’aide d’outils manuels ou de moyens mécaniques, aussi longtemps que la contribution manuelle directe de l’artisan reste le plus substantiel composant du produit fini. Ceux là sont produits sans restriction en terme de quantité et en utilisant des matières premières issues de ressources durables. La nature spéciale des produits artisanaux provient de leurs caractéristiques distinctes, lesquelles peuvent être utilitaires, esthétiques, artistiques, créatives, culturellement attachées, décoratives, fonctionnelles, traditionnelles, religieusement et socialement symboliques et significatives».

Comme vous pourrez l’observer, cette définition couvre la nature complexe et spécifique des produits artisanaux. Elle met l’accent sur l’artisanat en tant qu’art manuel, comme une réponse aux besoins de la communauté qui doit être protéger en ce qui concerne son caractère artistique.

(b) La Convention universelle du copyright (1958) se réfère aussi aux travaux d’arts appliqués dans son article IV.3, à condition que pour les Etats contractant qui les protègent en tant que travaux artistiques, le durée de protection soit d’au moins dix ans.

(c) L’accord sur les Droits relatifs à la propriété commerciale (TRIPS), appliqué en 1995, doit être mentionné bien qu’il ne s’agisse pas strictement d’un traité sur la propriété intellectuelle. En effet, la propriété intellectuelle a émergé comme une question centrale dans le cadre du commerce multilatéral conduite par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). TRIPS qui a été signé par tous les Etats membres de l’OMC leur demande de protéger toutes les formes de création –depuis les travaux littéraires jusqu’à la conception de designs lors d’événements intégrés. TRIPS demande également à ses membres d’aider les citoyens à protéger leurs droits c’est à dire à travers l’usage de quelques mécanismes connus.

 

III. Quelques mécanismes de protection

Indications géographiques

(a) Indication d’origine : Une indication d’origine est une appellation utile pour définir le lieu où un produit est manufacturé, extrait, récolté, conditionné ou distribué. Selon une règle générale, il n’y a pas besoin de lien entre le lieu où les biens sont produits et leur caractéristiques particulières (c’est la différence principale entre les indications d’origine et les appellations d’origine, comme nous le verrons ci-après).

(b) Appellations d’origine : une définition légale du terme, avec quelques unes de ses caractéristiques, limitations et ci-dessous la façon de l’obtenir.


Une appellation d’origine est définie comme suit :

«Une appellation d’origine doit être comprise comme étant une indication géographique qui se compose du nom d’un pays, région ou d’une localité, se réfère à une aire géographique spécifique dont le nom est utilisé pour identifier un produit originaire de ce lieu, les qualités, la réputation ou les caractéristiques qui sont exclusivement ou essentiellement attribuées à l’environnement géographique où le bien est produit, incluant à la fois les facteurs naturels et humains».

(c) Marques déposées: Les marques déposées sont actuellement une des formes de la propriété industrielle la plus facilement accessible aux artisans. Bien qu’à première vue elles paraissent chères et plutôt de longue durée, l’enregistrement d’une marque déposée est recommandée pour tous les artisans qui souhaitent exécuter leur travail de manière professionnelle. La raison pour laquelle elles semblent chères à première vue, c’est que l’enregistrement d’une marque déposée est une affaire unique, contrairement aux designs industriels pour lesquels chaque design doit être enregistré individuellement. De plus, les marques déposées sont couramment protégées pour une durée de 10 ans, renouvelable indéfiniment pour la même période contre paiement des frais appropriés.

Une fois qu’une marque déposée a été obtenue, elle peut être affichée sur tous les produits, positionnant ainsi le produit sur le marché et l’identifiant dans l’esprit du consommateur.

Deux points nécessitent d’être clarifiés. Le premier est que le droit d’usage exclusif d’une marque déposée est couramment accordé dans la plupart des pays, une fois que la marque a été enregistrée par l’autorité compétente. Cependant, des marques non enregistrées sont souvent utilisées (surtout sous la forme du nom commercial de l’organisation ou de la société commerciale à l’intérieur de laquelle les activités artisanales sont exécutées). Donc, nous recommandons vivement l’usage systématique des marques déposées dans les pays où un système d’enregistrement existe. Le second point c’est qu’une marque ne protège pas les produits artisanaux eux-mêmes mais le nom commercial de la société les produisant.

Donc, qu’est-ce qu’une marque déposée, quelles sont ses caractéristiques et comment est-elle enregistrée ? Les marques déposées collectives et les marques de garantie ou de certification seront aussi évoquées comme elles concernent notamment l’artisanat.

Une marque déposée est définie comme suit dans «Andean Community Decision» N°486, article 134 :

«Pour les besoins de ce système, toute enseigne qui est capable de distinguer biens et services particuliers sur le marché devrait constituer une marque». Cela amène à dire : «Les enseignes qui sont capables de représentation graphique devrait être éligible pour un enregistrement en tant que marque. La nature des biens et services auxquels une marque pourrait être appliquée ne constitue en aucun cas un obstacle à l’enregistrement en tant que marque.»

 

«Les signes suivants, parmi d’autres, devraient être capable de constituer une marque : (a) mots ou combinaisons de mots ; (b) photos, chiffres, symboles, éléments graphiques, sigles, monogrammes, portraits, labels et emblèmes ; (c) sons et odeurs ; (d) lettres et nombres ; (e) une couleur démarquée pour lui donner une forme spécifique, ou une combinaison de couleurs ; (f) la forme d’un produit, son packaging ou emballage ; (g) toute combinaison de signes ou moyens indiqués dans l’article ci-dessus».

(d) marque garantie: Il s’agit d’un certificat attestant la qualité basé sur les caractéristiques définies ou standardisées du produit.


IV. Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA

Objectif

Le Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA a été établi conjointement par le bureau de l’UNESCO de Bangkok et AHPADA en 2001, pour renforcer la conscience du marché international par rapport aux artisanats de l’ASEAN et pour servir de mécanisme de contrôle de qualité et de dispositif marketing pour les produits artisanaux suivants :

  • Articles de maison et décoration d’intérieur

  • Vêtements

  • Accessoires

  • Ornement et bijouterie

  • Articles cadeaux

  • Jouets

Le Sceau récompense un produit d’artisanat spécifique et une ligne de produits comme un « timbre d’approbation de qualité ».
Le Sceau n’est pas prévu et ne doit pas être considéré comme une alternative à une patente ou un copyright.

Eligibilité

L’inscription est ouverte à tous les individus, producteurs d’artisanat, communautés, coopératives, agents commerciaux privés basés de façon permanente dans un des pays de l’ASEAN. Un modèle d’inscription est présenté en annexe de ce document.

Les candidats sont invités à utiliser un ou plusieurs des matériaux suivants originaires des pays de l’ASEAN : fibres naturelles (soie, coton, lin), bois (y compris le bambou, rafia, le cocotier), les métaux (argent, bronze, fer, étain), pierres (précieuses, semi-précieuses, jades…), céramiques (argile, terre cuite, poterie, grès, porcelaine).


Candidature :

  • Demande écrite

  • Photo de l’article

  • Prototype

  • Frais d’inscription (50 $ US par article)

Critères de sélection

  • Excellence démontrée et haute qualité normative de l’habileté manuelle

  • Alliance créative et réussie entre compétences traditionnelles et innovation du point de vue du matériau, de la forme et/ou du design

  • Expression de l’identité culturelle et de la valeur esthétique traditionnelle

  • Respect de l’environnement concernant les matériaux et les techniques de production

  • « Commerciabilité » des produits avec un potentiel pour pénétrer le marché mondial

Forme et utilisation du Sceau

Le Sceau consiste en trois composants escomptés pour améliorer la commercialisation de produits tant reconnus pour leur excellence :

1. Le Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA des produits d’artisanat de l’ASEAN
Prix certificat : le Sceau devrait prendre la forme d’un certificat qui présente la photographie du produit ainsi qu’un texte qui montre combien le produit répond aux critères jugés. Les primés doivent reproduire et utiliser ce certificat à leur discrétion mais seulement pour promouvoir le produit artisanal (ou la ligne de produits) pour lequel ils ont reçu le Sceau.

2. Le Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA des produits d’artisanat de l’ASEAN
Exposition d’artisanat et Salon : une exposition d’artisanat et un salon seront organisés chaque année par l’AHPADA en conjonction avec l’annonce des primés du Sceau pour l’année. Les producteurs qui auront reçu le Sceau seront invités sur une base d’autofinancement à la cérémonie de présentation du Sceau. Les lauréats du Sceau qui ne peuvent pas assister à la cérémonie en personne peuvent obtenir le Sceau par leur bureau national de l’AHPADA respectifs après la cérémonie de présentation officielle.

3. Le Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA des produits d’artisanat de l’ASEAN
Une base de données électronique et un bulletin de commande Internet : tous les produits qui ont reçu le Sceau seront listés sur la base de données électronique de l’AHPADA selon des objectifs promotionnels et de commercialisation. Sur ce site, les commandes pour les produits primés peuvent être placés et seront transmis aux producteurs par l’AHPADA. Ce listing électronique assistera les primés pour éviter les abus ou les infractions de brevet ou de copyright de les produits artisanaux.

La forme du Sceau doit être variée de temps en temps à la discrétion de l’AHPADA et en consultation avec l’UNESCO.

 

Conclusion

Les critères et modalités décrits ci-dessus pour le Sceau d’Excellence UNESCO/AHPADA peuvent servir de référence utile pour les prochaines discussions concernant l’établissement d’un label « Produit culturel de développement »®, avec de nécessaires ajustements. Par exemple, le choix des produits artisanaux devrait inclure des produits « santé, cosmétiques et alimentaire » qui constitue une catégorie plus significative dans les pays méditerranéens qu’en Asie du Sud-Est.
L’élément commun entre le Sceau d’Excellence et le label PRODECOM est que tous deux ont besoin d’une campagne de sensibilisation du public et de la protection de la créativité des artisans.




AHPADA : ASEAN Handicraft Promotion and Development Association (Association asiatique pour la promotion et le développement de l’artisanat), membre affilié de l’ASEAN, agit en tant que forum régional pour la promotion des articles artisanaux grâce à l’organisation de séminaires, ateliers et Foires. Les Etats membres sont les suivants : Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam. Site Internet : www.ahpada.com

 

 

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