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Robe de Bethléem, coll. W. Kawar
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On ne commence jamais volontairement à collectionner. Lorsqu'on
est jeune et qu'on aime une chose, on l'achète et selon la façon
dont la vie avance, la collection débute. Dans mon cas, ce sont
les événements qui se sont produits au cours de ma vie et
les événements politiques qui m'ont conduite à collectionner
de plus en plus et à travailler plus sérieusement. Existe-t-il d'autres raisons que la vie dans
les camps pour expliquer la disparition de certains motifs ? Un livre publié par l'usine DMC en France et distribué
dans les écoles des camps montrait des motifs de tous les pays
arabes sans distinction. Les brodeuses ont copié ces motifs et
les ont introduits sur leurs costumes. De nouveaux motifs ont été
copiés à partir de magazines occidentaux. En particulier,
les femmes ont beaucoup copié des motifs floraux, elles ont cessé
de faire des motifs géométriques pour ne faire que des fleurs.
On peut voir ainsi un changement complet dans les motifs des camps de
réfugiés même s'ils ont gardé quelques motifs
anciens.
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| Détails de robes de Bethléem, coll. W. Kawar
Ce sont des raisons politiques qui m'ont poussées à poursuivre
ma collection. La disparition et la dispersion de la culture palestinienne
ont été déterminantes. Comment le statut de la femme a évolué
en Palestine depuis 1967 ? Cette évolution est-elle liée
à celle du costume ? La nouvelle génération a changé beaucoup de choses,
les jeunes femmes sont devenues très averties, conscientes de la
situation au lieu de rester de simples villageoises occupées à
broder chez elles. Elles sont devenues très conscientes des problèmes
de la Palestine. Désormais, elles vont toutes à l'école
alors qu'auparavant, cela dépendait des cas. Les mouvements de résistance ont-ils
rapidement considéré la préservation du patrimoine
culturel comme un des aspects importants de la résistance palestinienne
? Oui, à partir des années 60, toute personne qui travaillait
avec les Palestiniens commençait à s'intéresser à
la culture palestinienne. Ils ont commencé à faire fabriquer
des robes pour les gens de l'extérieur, à organiser des
expositions. Toutes les organisations politiques ont mis l'accent sur
les robes qui sont devenues un élément très important
de l'identité à la fin des années 60. |
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Robes des Bédouins du nord de la Palestine Il existe des robes brodées qui sont liées à l'Intifada
: les "robes politiques", mais avant de vous parler de ces robes
de l'Intifada je voudrais vous dire quelque chose à propos des
robes des fondamentalistes musulmans qui ont fait la promotion des "robes
islamiques". Je ne sais pas où cette "mode" est
apparue, peut-être même aux Etats-Unis. Les "robes politiques"
de l'Intifada et les "robes islamiques" se sont développées
en même temps. Il me semble que désormais dans les villes
les femmes portent en majorité des robes islamiques, c'est dommage.
Mais je crois qu'en revanche, dans les villages, les femmes portent plus
souvent des robes brodées. Est-ce que l'installation de l'Autorité
palestinienne et donc l'apparition d'un ministère de la culture
a pu uvrer pour une certaine réhabilitation de la robe traditionnelle
? Oui, ils sont plus libéraux et militent pour ces broderies. Ainsi, même la chaise sur laquelle est installé Arafat dans toutes ses interventions officielles et sur les photos où il apparaît est complètement brodée. Derrière lui, il y a toujours une broderie de Jérusalem. L'Autorité palestinienne a beaucoup insisté sur la broderie, et tous ses présents sont brodés. Je voulais apporter encore une précision : à la fin des
années 70 et au début des années 80, avant l'Intifada,
les robes paysannes sont devenues très à la mode dans les
milieux bourgeois. Ainsi, lorsque vous entriez dans une réception,
vous pouviez trouver beaucoup de femmes qui portaient de la soie brodée.
Elles ont fait en sorte que cela devienne l'attribut de la haute société
: tout le monde pouvait les admirer, les apprécier. Elles les portaient
y compris dans les réceptions hors de la Palestine. Ce mouvement
a aussi poussé les paysannes à reporter leurs robes. |
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Détail d'une robe de Ramallah
Oui, au début mais maintenant c'est oublié, l'héritage
palestinien est très connu. Cependant, pendant un moment, par exemple,
les hôtesses de l'air israéliennes avaient des broderies
palestiniennes sur leurs costumes. Comment comptez-vous perpétuer votre
savoir-faire auprès des jeunes générations ? J'ai été occupée pendant onze ans à faire
des expositions à travers le monde : en Allemagne, en France, en
Islande, au Japon ou encore à Singapour. J'ai également
organisé une exposition dans un camp de réfugiés.
J'ai d'abord pensé à la faire au Liban mais je l'ai finalement
présentée ici en Jordanie à la Baqa'a (1). Je n'ai
pas recommencé parce que c'est très difficile à faire
mais cela a connu un grand succès. J'ai exposé les robes
à plat sur le mur dans une organisation de femmes (la YWCA) et
j'ai écrit en dessous les noms des villages d'origine de ces robes.
Toutes les familles sont venues les voir, j'étais présente
sur place et j'ai pu constater combien les gens ont aimé voir ces
robes, c'était comme une renaissance pour eux. J'aimerais un jour
monter une exposition au Liban où
les Palestiniens réfugiés
sont plus isolés de leur culture.
Mais à présent, je veux conserver ma collection parce que
j'ai besoin de l'organiser et de publier ce qui ne l'a pas été
de façon à transmettre ce savoir aux jeunes générations.
En effet, j'ai publié un catalogue pour chaque exposition (2);
tous ont été traduits dans plusieurs langues. Cependant,
j'ai également collecté un très grand nombre d'histoires
intéressantes sur les populations, les brodeuses, que je n'ai jamais
publié. Je possède aussi des documents et d'anciennes photos
qui doivent être triés et ordonnés. Des étudiants
japonais, américains et anglais sont déjà venus m'aider
à entamer la classification de ces documents, tout en collectant
des informations pour leurs propres recherches. Je suis toujours heureuse
de faire partager mon savoir à de jeunes étrangers mais
je souhaiterais à l'avenir faire appel à des étudiants
qui connaissent l'arabe parce que j'ai beaucoup de notes écrites
dans cette langue. De plus, j'aimerais commencer à écrire
sur les costumes des villes de Palestine puisque jusqu'à présent
je ne me suis occupée que des robes paysannes. Comment comptez-vous conserver votre collection
? J'ai un réel problème de conservation de mes tissus. En
effet, des rongeurs et des insectes abîment mes plus belles pièces
de laine. Je m'interroge également sur le devenir de ma collection
: j'étudie la possibilité de créer une fondation
pour la préserver. Existe-t-il une conscience ici en Jordanie
pour ce qui concerne le préservation du patrimoine culturel palestinien
? Il n'y a pas d'intérêt dans le monde arabe pour le textile,
il y a beaucoup de perte. J'ai eu l'occasion de visiter un musée
à Palmyre (Syrie) où les robes étaient rongées
par des souris. En Egypte j'ai pu constater qu'il existait les mêmes
problèmes de conservation des costumes. En fait, je crois que le
monde arabe se désintéresse du textile qui, par conséquent,
subit beaucoup de dommages. A propos de la conservation des textiles, je souhaiterais ajouter que
l'Irak a créé un département gouvernemental pour
la protection des costumes et des textiles. Lors d'une visite à
Bagdad, j'ai pu constater qu'ils avaient trouvé des solutions adaptées
à la conservation et la préservation de ce patrimoine. C'était
vraiment très bien, c'était avant la guerre du Golfe. Est ce qu'en Jordanie les femmes continuent
à broder ?
Entretien mené par l'équipe de la Chambre des Beaux Arts à Amman, Jordanie, en juin 2002. |
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(1) Le camp de réfugiés palestiniens
de la Baqa'a est situé au nord-ouest d'Amman, Jordanie. Il s'agit
du plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient : près
de 150 000 personnes, selon les estimations, vivent dans espace de moins
de 2 km². |
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