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Beyrouth, Liban
Rencontre avec Khadije Abdel Al,
responsable du projet Al-Badia
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Détail d'un sac en broderie
palestinienne Al-Badia
Al-Badia est un projet mené par lONG des Palestiniens du
Liban Najdeh depuis 1976, après le massacre perpétré
dans le camp de Tel El-Zatar situé à lest de
Beyrouth. Lassociation Najdeh est une organisation dentraide
et de production gérée par des femmes pour les femmes réfugiées
palestiniennes du Liban. Najdeh sest fixé comme objectif
de transformer des femmes sans ressources en membres productifs de la
société et den faire des modèles pour dautres
femmes, à commencer par leurs propres filles, afin de les rendre
capables de réaliser leurs aspirations. Lassociation a mis
sur pied des programmes générateurs de revenus dans onze
camps ; ils permettent de préserver les savoir-faire et procurent
aux femmes des revenus stables.
Le projet Al-Badia concentre ses activités dans
les camps palestiniens du Liban
où les conditions de vie des familles sont particulièrement
difficiles. Le chômage touche près de 70% des jeunes et les
femmes nont dautre choix que de chercher du travail pour faire
vivre leur famille. De plus en plus de Palestiniennes réfugiées
sollicitent lassociation pour se faire embaucher comme brodeuses
et augmenter ainsi les revenus de leurs foyers respectifs. Beaucoup dentre
elles veulent travailler pour financer léducation de leurs
enfants. En effet, à lintérieur des camps, les écoles
de lU.N.R.W.A (1) sont surpeuplées et les enfants sont la
plupart du temps plus de 60 par classe. Les parents cherchent donc à
faire instruire leurs enfants en dehors des camps où lenseignement
est payant et particulièrement coûteux pour ces familles.
De plus, les bouclages périodiques des camps par larmée
libanaise ajoute à lenfermement des familles et à
leur détresse économique : les heures dattente aux
check-points sont le lot commun des réfugiés.
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Soutenir et
perpétuer les savoir-faire
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Al-Badia cherche à venir en aide aux réfugiés du
Liban et notamment à défendre leur identité culturelle
en mettant en avant le savoir-faire artisanal des Palestiniennes. Ainsi,
lassociation fait la promotion de la broderie traditionnelle et
fait travailler des femmes vivant dans les camps. Lassociation possède
en effet deux ateliers, lun dans le camp de Rachidieh (Tyr) et lautre
dans celui de Ayn al-Hilweh (Sidon). Dans les autres camps du pays,
notamment à Mieh Mieh, à Chatila et dans le camp de Nahr
el-Bared quelques groupes de femmes travaillent chez elles pour Al-Badia.
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Les brodeuses
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Les brodeuses perpétuent une activité traditionnelle du
patrimoine culturel palestinien. La plupart des Palestiniennes connaissent
la technique du point de croix qui se transmet de mère en fille.
Cependant, Khadije précise que sa structure leur offre des formations
de quelques semaines, de façon à obtenir des broderies très
régulières, des points identiques et sans faute. Al-Badia
a dores et déjà formé 130 femmes qui produisent
des broderies de grande qualité. Dans les camps qui possèdent
un atelier, les femmes choisissent dy venir travailler ou de rester
broder chez elles, ne venant à latelier que pour se fournir
en matériaux. Certaines sont à latelier le matin lorsque
leurs enfants sont à lécole, dautres aménagent
leurs horaires de travail en fonction de leurs responsabilités
familiales et brodent le plus souvent chez elles, malgré les contraintes
imposées par labsence ou les coupures répétées
délectricité dans les camps. Khadije souhaite souligner
que deux hommes travaillent parmi les brodeuses du projet. Le premier
dentre eux vit dans le camp dAyn el-Helweh. La responsable
dAl-Badia explique quelle avait observé quune
des brodeuses du camp travaillait particulièrement vite. Curieuse
de connaître le secret de sa rapidité, Khadije est allée
interroger cette femme dans latelier où elle travaillait,
la brodeuse sest mise à rire et a finalement avoué
que son mari, au chômage, laidait à augmenter sa production.
La responsable du projet a demandé à voir lun des
ouvrages du mari, en observant la grande qualité du châle
qui lui était présenté, elle a proposé de
lembaucher officiellement mais lhomme a décliné
cette offre. Un autre homme porte main forte à sa femme en dehors
de ses heures de travail, notamment pour retirer le canevas qui sert de
trame. Les brodeuses disposent dun salaire mensuel proportionnel
à la quantité douvrages réalisés ; leur
rémunération dépend également du nombre de
points et de couleurs de louvrage et des matériaux employés.
Même si les modèles brodés sont conçus par
les designer du projet, les brodeuses suggèrent les motifs qui
leur semblent les plus beaux. De plus, une des couturières transmet
ses idées et les tendances quelle a observées sur
le marché au comité qui sélectionne les modèles
de broderie retenus. Khadije précise que les responsables du projet
souhaitent désormais quune des brodeuses entame des cours
de design.
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Outils et matériaux
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La broderie palestinienne ne requiert pas dautres outils spécifiques
que laiguille. Les matériaux utilisés sont le coton,
la soie, parfois dautres textiles, le canevas qui permettra à
la brodeuse de reproduire les motifs sur le support et le fil DMC. Le
coton est importé dEgypte, les canevas dAllemagne par
la société Zwigert, et le fil DMC des usines françaises
de la société du même nom.
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Motifs et design
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Les motifs reproduits sont choisis en fonction des tendances du marché
et des goûts exprimés par la clientèle. Les motifs
traditionnels les plus fréquemment brodés sont originaires
de Ramallah, dHébron et de Bethléem, parfois de Gaza.
Très souvent, ils sont mélangés sur un même
support. La base des couleurs utilisées est traditionnelle mais
les designers du projet y ajoutent des touches modernes. Les lignes de
design sont toujours discutées en comité avant réalisation
à la suite de quoi, quelques échantillons sont envoyés
à certains clients fidèles qui commentent les nouveaux produits,
sils sont satisfaits, la production est lancée. Les supports
brodés sont très divers (sacs, vêtements, pochettes,
sous-verres, etc.), le comité se met dabord daccord
sur les modèles, les dimensions ; des échantillons sont
produits sans motifs pour être testés et après approbation
intervient le choix des motifs.
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Vente et distribution
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Lassociation Najdeh possède deux boutiques à Beyrouth.
La boutique principale où était entreposé tout le
stock et les bureaux du projet est en cours de déménagement,
limmeuble où elle se trouvait devant être détruit.
Khadije témoigne des difficultés que ce déménagement
précipité a engendrées les autorités
ont en effet ordonné lexpulsion au dernier moment
alors que la clientèle était habituée à ce
point de vente. Il existe également des boutiques qui vendent les
produits du projet en Norvège, en Italie, en Belgique, en France
et aux Etats-Unis. La structure bénéficie par ailleurs du
soutien dassociations de solidarité internationale qui contribuent
à la distribution des produits. En France, les broderies dAl-Badia
sont vendus notamment par Afransaurel et le CCFD. En Italie, lassociation
Eco Solidari est également très active.
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Autres activités
de Najdeh
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Le projet Al-Badia propose également des conférences de
sensibilisation du public sur la broderie palestinienne lors desquelles
les intervenants racontent lhistorique de ces broderies, leur place
dans le patrimoine culturel palestinien et expliquent la signification
des motifs traditionnels des différentes régions de Palestine.
Des rencontres commencent à être organisées en Europe
pour informer le public européen. Cependant, Al-Badia ne constitue
quun aspect des activités de lassociation. Khadije
précise que Najdeh offre de nombreuses formations différentes.
Lassociation possède des centres de formation dans tous les
camp de réfugiés palestiniens du Liban et propose des cours
de couture, dinformatique, de photographie ou encore des formations
sur les montages de projets et le marketing en fonction des besoins du
camp. En effet, des ateliers de rencontre sont mis en place dans chacun
dentre eux lors desquels les réfugiés font part de
leurs besoins, après quoi les programmes sont déterminés
par lassociation. Environ 85% des personnes formées sont
des femmes. Au total, 530 personnes bénéficient de ces formations.
Un des programmes est consacré à laide juridique,
informe sur les droits des femmes et fait de la prévention des
violences conjugales. Par ailleurs, Najdeh a mis en place 7 sections de
maternelle et encadre des activités estivales pour les enfants.
Citons encore des programmes de prévention sanitaire, de formation
professionnelle comme pour la menuiserie par exemple
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Le projet Al-Badia a été lauréat dune mention
spéciale lors de la remise du Prix Artisanat de lUNESCO pour
les pays arabes, décerné en octobre 2002.
Entretien mené par l'équipe
de la Chambre des Beaux Arts, à Athènes, en septembre 2002.
(1) U.N.R.W.A : United Nations
Relief and Work Agency, agence spécialisée établie
par l'ONU en 1949 pour venir au secours des réfugiés palestiniens.
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